Le mythe capitaliste

Dessin de Jude POTVIN

Comme tout le monde j’entends souvent dire que le capitalisme aurait libéré l’Humanité, lui aurait insufflé l’esprit de libre entreprise et permis de progresser comme jamais elle n’avait progressé. Comme n’importe qu’elle autre fable je m’en méfie, les histoires les plus simples n’étant souvent que des mythes face à la complexité des rapports humains. C’est sur ce mythe , à mon sens, que le capitalisme trouve sa force et le peu de défiance que l’on pourrait avoir à son égard.

Seules peu de personnes remettent en cause la propriété et beaucoup voient, sincèrement, en elle un système égalitaire et libérateur. Pourtant tout à chacun fait l’expérience quotidienne qu’elle procure à celui qui possède un pouvoir sur celui qui ne possèdent pas et que ce dernier accepte des choses qu’il n’accepterait pas sans ce rapport de force.

Fort heureusement à la vue du désastre écologique qui se produit actuellement, de plus en plus remettent en cause le fait que la Terre soit la propriété de l’Humanité, appellent à plus d’empathie et à de nouveaux défis technologiques pour continuer dans la voie d’un plus grand confort et d’un monde plus respectueux.

Si l’empathie est le moteur des rapports sociaux et la quête de confort le moteur du progrès technologique, pourquoi en priver un nombre grandissant? Pourquoi priver l’Humanité de la majorité de ses individus? N’avons-nous pas besoin de tous pour relever les défis qui nous attendent?

Si la propriété a laissé se développer en nous la cupidité, l’individualisme et largement s’étioler notre empathie tout en entrainant de plus en plus d’entre nous dans la misère et le désarroi, comment pouvons nous continuer à penser que la propriété est une gardienne de notre sécurité?

J’entends qu’il est inconcevable d’être dépossédé du fruit de son travail sous prétexte qu’il ne nous appartient pas. Un argument qui sera souvent brandi par les défenseurs du capitalisme alors que paradoxalement ils défendent une logique similaire avec le salariat.

Il s’agit là de bon sens, prôner l’inverse serait prôner un système basé sur le vol par le plus fort sur le plus faible, à l’image du système capitaliste.

J’entends déjà les plus endoctrinés demander comment établir des rapports économiques sans propriété.

Je ne suis pas contre l’idée de monnaie qui est, je pense, un moyen simple de donner une valeur à un échange. Ce qui pose problème tient à la nature humaine qui dans sa quête de confort cherche à s’abriter de l’incertitude des lendemains. Le moyen le plus simple étant d’accumuler ce que l’on a produit en excès.

N’ayant aucunement l’intention de changer les individus, qui est un combat perdu d’avance. Il convient de chercher la solution en adaptant et améliorant les outils que nous nous sommes créés. Comme nous l’avons toujours fait. En observant la nature.

La nature nous présente la solution contre l’accumulation. Tout est périssable.
Pourquoi ne pas transposer ce principe à l’émission de valeurs? Permettant ainsi de réduire à néant et rendant aberrant l’envie d’accumulation de ces valeurs. Tout comme il serait aberrant d’espérer accumuler assez de denrées alimentaires pour être à l’abri le reste de sa vie et de mettre à l’abri les générations suivantes.

On m’opposera que l’accumulation de minerais restera possible, j’ose espérer, peut être naïvement, qu’il s’agira d’un phénomène passager qu’on observera qu’un temps. Leur valeur s’alignant rapidement sur ce qu’ils sont réellement, des matières premières, et non plus des valeurs refuges que l’on accumule dans la peur du lendemain. Qui pourrait être sûr que dans un monde sans propriété individuelle et éternelle l’or ait encore une si forte valeur? Seuls ceux qui aiment le plus le risque et croient exagérément en leur chance s’y risqueront, on empêchera jamais les joueurs de jouer.

Dans un système où la monnaie est périssable les risques liés à une trop grande création monétaire s’affaiblissent grandement puisqu’il sera facile de connaître la quantité en mouvement et de la limiter en réduisant la mise à disposition tout en attendant que l’excédent se périsse. Tout comme il sera plus simple d’éviter que les manques passagers de fluidité, qui sont le résultat d’une quantité trop faible en mouvement, n’entrainent des crises. La création de valeurs devenant bien moins risquée. Rendant la finance plus à l’image de la réalité économique et des richesses crées qui sont grandissantes mais néanmoins périssables.

On m’opposera que sans possibilité d’accumulation il n’y aura pas, ou moins, de créations, d’initiatives et d’intérêt à entreprendre. Qui ne s’est jamais investit dans un projet irrationnel économiquement? Que ce soit par passion, empathie ou tout autre sentiment? Les plus grandes conquêtes et créations de l’Humanité ont elles été accomplies dans un but mercantile? Sont elles le fait d’initiatives individuelles? Il me semble que l’histoire nous enseigne l’inverse.

Tout comme nous sommes bien plus ébahis lorsque nous observons une solidarité plutôt qu’une compétition entre différentes espèces. Cela nous inspire car c’est ce à quoi nous aspirons.

Est-ce réellement le capitalisme qui nous fait progresser? A-t-il rendu le monde plus profitable à L’Humanité?

Nous sommes, je crois, à l’aube du moment où il faudra choisir entre sauver et perpétuer le capitalisme ou imaginer et s’approprier un nouveau système économique. Profitons en pour imposer nos volontés.

 

Voir aussi:

Une expérience de monnaie périssable – wikipédia

 

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